Visite d’Erdogan en France : deux présidents aux objectifs incompatibles

Pour sa première visite dans un pays majeur de l’Union Européenne depuis le putsch raté de juillet 2016, le président turc Recep Tayyip Erdogan a choisi de venir rencontrer Emmanuel Macron à l’Elysée le 5 janvier 2018.

Visite d’Erdogan en France : deux présidents aux objectifs incompatibles

Lors d’une conférence de presse commune, les deux hommes ont laissé voir leurs points de vue opposés sur l’objectif de cette rencontre. En effet, si Erdogan espérait relancer les négociations sur la candidature turque à l’Union Européenne (débutées en 1963), Macron lui a rapidement rétorqué qu’il « est clair que les évolutions récentes et les choix de la Turquie ne permettent aucune avancée du processus engagé ». Une opinion somme toute en accord avec Angela Merkel, favorable à l’arrêt des négociations, mais aussi avec le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, qui affirmait en août 2017 : « La Turquie s’éloigne à pas de géants de l’Europe ». En cause ? La multiplication des atteintes aux droits de l’homme dans le pays, qu’Erdogan justifie par la nécessité de la lutte contre le terrorisme.

Les deux présidents s’accordent cependant sur un point : il est nécessaire de consolider les relations franco-turques, notamment d’un point de vue économique. Pour Macron, l’objectif est simple : « faire en sorte que l’avenir turc se construise en regardant l’Europe et avec l’Europe. ». L’Europe reste le premier partenaire commercial de la Turquie, avec des échanges d’une valeur de 145 milliards d’euros.

Symboliquement, les deux présidents ont également signé, juste avant leur conférence de presse, un contrat pour l’étude d’un système de défense aérienne et de missiles qui serait commun aux deux pays. Cela se traduirait par l’achat de missiles sol-air par la Turquie au consortium franco-italien Eurosam.

Emmanuel Macron a finalement fait le choix durant cette visite d’éclipser légèrement la question des droits de l’homme : pas question pour lui de sacrifier les relations franco-turques. Mais cela n’est pas sans arrière-pensée : si le président français a su rester diplomate, c’est qu’il est conscient qu’aucune solution au terrorisme et à la crise migratoire actuelle ne saura être construite sans le soutien d’Ankara.

Macron n’est pas le seul à vouloir à tout prix se rapprocher de son homologue : en désaccord avec nombre de ses voisins arabes et « lâchée » par les Etats-Unis, la Turquie souhaite vivement se rapprocher de l’Europe. Et pour arriver à Bruxelles, Erdogan a choisi de passer par Paris.

Difficile pourtant de prédire les répercussions réelles de cet entretien. S’il est sûr que les deux hommes souhaitent vivement collaborer, leurs raisons peinent à se rejoindre sur de nombreux points, et il reste peu probable que le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne évolue en 2018.

Article écrit par Léa Lataillade (9e génération d’ENU)

 

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