Paradise Papers, le scoop qui n’étonne personne

« Comme je vous l’avais promis en 2009, nous avons mis fin aux paradis fiscaux ! » se vantait fièrement Sarkozy en 2010, entre deux mouvements d’épaules. Quelle ne fut donc pas notre surprise il y a un an à la révélation du scandale des Panama papers, et il y a quelques jours à celui des Paradise papers !! On nous avait donc menti
Personne n’avait cru à la fin des paradis fiscaux, et tout le monde s’en fichait d’ailleurs. Qui a été étonné par le scoop sur le jet de Lewis Hamilton ? Par le montage fiscal de Bono ? Par les magouilles d’Apple, de Nike ou de Total ? Personne. Seule la reine d’Angleterre nous a peut-être déçue quelques secondes, avant que l’on se rappelle qu’elle était la troisième femme la plus riche d’Angleterre… Un petit « oh nooon pas Justiiiiin » nous a peut-être échappé lorsque l’on a appris qu’un proche du sexy Justin Trudeau était impliqué, mais l’étonnement s’est arrêté là.

Paradise Papers, le scoop qui n'étonne personne

Mais comment expliquer qu’un tel travail d’investigation, fruit de la collaboration de 360 journalistes, de 70 pays différents, ayant épluché plus de 13 millions de documents nous intéresse si peu ?

Un petit rappel des faits s’impose tout d’abord. Après 1 an d’enquête, ce consortium de journalistes, l’ICIJ (Consortium International de Journalistes d’Investigation) a révélé début novembre une multitude de scandales financiers impliquant, entre autres, des personnalités appréciées de tous. Contrairement aux Panama Papers, cette deuxième enquête concerne plus des schémas légaux d’optimisation fiscale que du blanchiment d’argent sale et de la fraude fiscale. À nouveau, après les révélations sur Mossack Fonseca, des cabinets ayant pignon sur rue sont visés, comme Appleby ou Asiaciti Trust ces derniers jours. À l’aide de montages fiscaux extrêmement complexes, ces cabinets plus que renommés déplacent artificiellement les flux financiers des entreprises vers des territoires pratiquant l’impôt 0. Tout le monde connait le principe, mais personne n’y comprend rien dans les détails. Certains paradis fiscaux sont connus de tous : îles Caïmans, Andorre, Seychelles, Delaware… mais d’autres, à la porte de l’Europe, ont été épinglé par les Paradise Papers : Malte, île de Man…
L’enquête a révélé des détournements d’ampleur : une dizaine de millions de livres sterling pour notre chère Elisabeth II (ça fait beaucoup de chapeaux…), 31,6 millions de sauvés pour Shakira, 55 millions d’euros pour l’ami proche de Justin Trudeau, Stephen Bronfman, qui fut également son trésorier de campagne en 2015…
Plusieurs scandales politiques également, dont celui du secrétaire d’Etat au Commerce américain, Wilbur Ross, qui contrôlerait 31 % d’une société de transport maritime, Navigator Holdings, via des sociétés offshore. L’un des principaux clients de cette entreprise serait la société gazière russe Sibur, contrôlée par des proches de Poutine…

Et pourtant, qui s’est indigné ? Qui parmi nous s’est exclamé « c’est un scandale ! » ? Bien peu sûrement, et pas seulement parce que nous sommes dans une école de commerce. L’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes coûte 350 milliards d’euros de pertes fiscales par an aux Etats du monde entier, dont 120 milliards pour l’Union européenne et 20 milliards d’euros pour la France. À titre de comparaison, la fraude aux aides sociales représenterait 275,4 millions d’euros en France… Ces sommes sont incroyables, mais la fraude à la Caf fait plus parler nos hommes politiques. Pourquoi ? Sûrement parce que personne n’a le courage de se pencher précisément sur ces questions, bien plus prises de tête qu’un exercice de FSA, mais aussi parce que nous avons accepté que l’équité fiscale n’existerait jamais, que les plus fortunés auraient toujours le pouvoir d’y échapper et que des vides juridiques seraient toujours exploités. Ou peut-être rêvons-nous, sans toujours nous l’avouer, de posséder et de cacher aussi un jour autant d’argent…

Article écrit par Angèle Chapoullié (9e génération d’ENU)

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