La xénophobie symptomatique de la « nation arc-en-ciel »

L’Afrique du Sud traverse une forte période de troubles. Le pays s’embrase depuis plusieurs jours autour de heurts provoqués par des groupes xénophobes à Pretoria. Le point d’orgue a été la manifestation organisée vendredi 24 février par ces groupes tel que « les Résidents inquiets de Mamelodi », un groupe d’auto-défense d’un quartier de Pretoria. Depuis une dizaine de jours, des Sud-Africains expriment leur colère dans les rues, et accusent les étrangers, notamment les Nigérians, d’être responsables de la hausse de la consommation de drogue et du taux de criminalité.

Ces violences xénophobes sont malheureusement cycliques au sein de la « nation arc-en-ciel ». Déjà, en 2008, des manifestations similaires, visant plus particulièrement les Zimbabwéens, avaient fait 62 morts, en 2015, 7 morts étaient à déplorer. Les pilages de magasin et les exactions commises sont le résultat du désarroi des classes populaires sud-africaines face à la recrudescence du trafic de prostituées et du commerce de la drogue. Dans les townships de Pretoria, le « nyaope » est la nouvelle drogue qui circule et qui fomente la violence. Les étrangers sont alors désignés comme uniques responsables de la prolifération criminelle. Et ce n’est que pire lorsque Jacob Zuma, le président lui-même, tient des propos pour le moins ambigus et problématiques. Bien qu’appelant au calme, il a ainsi déclaré que « l’on ne peut pas ignorer que dans les communautés, la plupart des crimes, tels que le trafic de drogue ou la prostitution, sont perpétrés par des étrangers ».

La xénophobie symptomatique de la "nation arc-en-ciel"

Pour beaucoup, et surtout pour le parti d’opposition (l’Alliance démocratique (DA)), c’est le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), qui est responsable de cette montée des violences. Le DA a ainsi déclaré que le gouvernement avait échoué à résorber le chômage et à fournir une éducation de qualité, causes principales de ces poussées de xénophobie. En effet, la situation économique du pays ne cesse d’empirer avec des taux de chômage record, de 27,1% à la fin de l’année 2016 et de 54,2% pour les jeunes de 15 à 24 ans. Selon un responsable politique du Parti socialiste des travailleurs (WASP), « la xénophobie en Afrique du Sud est une guerre des pauvres contre les pauvres ».

La situation en Afrique du Sud pourrait déborder et traverser les frontières. Une crise géopolitique sur le continent africain est aujourd’hui à craindre. Les relations avec le Nigéria se sont déjà fortement tendues depuis quelques jours. En effet, le Nigeria, dont les ressortissants sont la principale cible de ces manifestations, a saisi l’Union africaine pour l’assassinat de plus de 116 Nigérians ces deux dernières années dans des « circonstances inexplicables par des citoyens sud-africains ». Face aux attaques xénophobes, les Nigérians se sont mobilisés et ont manifesté à Abuja. Le responsable de ces représailles a même menacé les Sud-Africains établis au Nigéria, leur conseillant de quitter le pays sous 48 heures au risque de ne « plus être en mesure de garantir leur sécurité ».

Article écrit par Sophie Roturier (9e génération d’ENU)

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