Est-Ouest : les plaies de l’Ukraine

Deux ans après la signature des accords de Minsk 2 qui ont stabilisé la situation en Ukraine et alors que les violences reprennent dans le Donbass, où en est la situation du pays ? Comment pèsent les relations avec la Russie et l’Europe alors que la nouvelle présidence américaine modifie l’équilibre ? Comment est évaluée la situation par les journalistes ukrainiens et russes ?

Depuis 15 jours à l’Est de l’Ukraine dans la région du Donbass, les violences ont repris entre les forces de Kiev et les séparatistes soutenus depuis longtemps par Moscou. Il y a des victimes de part et d’autre, des destructions accrues d’infrastructures, ajoutant en plein hiver, aux souffrances de plus d’un million de personnes – sans pour autant que la ligne de front ait été franchie. Deux ans, tout juste, après la signature des accords de Minsk 2 qui ont stabilisé la situation, il s’agit, semble-t-il, d’un côté comme de l’autre, d’une sorte de test à l’intention des occidentaux et de Moscou, au moment où la nouvelle administration américaine se rapproche du Kremlin malgré les signaux contradictoires émis par Washington. Préoccupés par leurs propres échéances électorales, jusqu’où l’Allemagne et la France garderont-elles patience à l’égard de Kiev où les progrès en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption laissent à désirer ?

Comment réagit la presse ukrainienne à la reprise des combats ? Elle est évidemment très inquiète, à propos de la situation d’Adviika, ce gros bourg industriel qui comptait 35 000 habitants avant la guerre, et qui se situe dans la banlieue nord de Donetsk. Les journaux ukrainiens affirment que le pilonnage par les combattants pro-russes des positions ukrainiennes est une remise en cause des engagements russes dans le cadre des accords de Minsk. Le quotidien Den explique par exemple : « Avdiivka ne prouve pas seulement que les bandits russes violent les accords de Minsk, mais cela constitue un motif pour continuer à agir contre la Russie en tant qu’agresseur et occupant. » Selon ce journal de Kiev, cette attaque sur Avdiivka représente, « un test pour l’Ukaine, un test pour l’Occident ».

Est-Ouest : les plaies de l'Ukraine

Et c’est bien là le cœur du problème : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump a changé la donne, analyse la presse ukrainienne, et c’est une leçon de réalité géopolitique pour le gouvernement de Kiev. Dans ces conditions, le retour des combats avec la bataille d’Adviika ne rassure pas les éditorialistes. « Comment ont réagi les dirigeants américain et britannique ? », s’interroge Mohammad Zahoor, le patron du quotidien Kyv Post dans un long édito publié dans Osn journal mais aussi repris dans la presse étrangère. « Par un silence quasiment complet », poursuit-il.

« Pour l’Ukraine, les meilleurs espoirs d’une paix satisfaisante avec la Russie passaient par une Europe unie sur sa frontière occidentale et par un rôle de garant de la part des Etats-Unis. Mais aujourd’hui l’Ukraine est confrontée au fait que ces deux puissances occidentales, qui lui avaient donné des vraies assurances en matière de sécurité, considèrent leur promesse comme une corvée embarrassante », estime donc le patron du Kiiv Post.

Vu de la presse Russie, le ton est évidemment très différent ; c’est la logique inverse. A lire les quotidiens moscovites, ce ce n’est pas le Kremlin qui a intérêt à ce que les affrontements armés reprennent dans le Donbass, mais bien Kiev. Par exemple, le journal Gazeta Ru pose la question « qui a intérêt à une détérioration de la situation dans l’Est de l’Ukraine ? ». A première vue, analyse le journal, pas Vladimir Poutine, qui bénéficie d’une conjoncture internationale favorable avec la prise de fonction de Trump. En revanche, assure le quotidien de Moscou, « Kiev veut à l’évidence replacer la question ukrainienne à l’ordre du jour international ». Et il poursuit sa démonstration : « les terrifiantes images de bombardement de villes peuplées de civils peuvent continuer à permettre ce replacement plus rapidement que de simples appels à accentuer la pression sur la Russie ».

Article écrit par Valentin Rault (9e génération d’ENU)

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