L’Obamacare : première victime du mandat Trump

Le Patient Protection and Affordable Care Act, adopté en 2010 durant le premier mandat de Barack Obama, est une mesure phare du programme électoral de Donald Trump, qui sera investi le 20 janvier prochain. Lancé en 2014, cette loi a permis à 20 millions d’Américains d’accéder à une assurance-maladie, ramenant ainsi le nombre de non-assurés de 16 à 9 millions. En plus de ceci, les impayés pour les hôpitaux ont diminué. Cependant, l’objectif des 50 millions n’est pas encore atteint car le texte a subi de nombreuses attaques des républicains au Congrès, même si le nombre de souscriptions est en constante augmentation : 6,5 millions d’Américains ont souscrit une couverture pour 2017 (400 000 de plus que pour 2016). Malgré les subventions étatiques, certains Américains refusent encore de s’assurer à cause de franchises et de primes trop élevées, conduisant à des assureurs comme UnitedHealthcare de disparaitre de certains Etats.

L'Obamacare : première victime du mandat Trump


La Chambre des représentants le 4 janvier, puis le Congrès le 13 janvier, ont lancé le coup d’envoi de l’abrogation de l’Obamacare. Cependant, Trump a annoncé un remplacement rapide dès sa prise de fonction. Et Paul Ryan d’ajouter que « c’est un premier pas crucial qui va permettre de soulager les Américains qui avaient du mal avec cette loi », dénonçant notamment la hausse des cotisations. Il a d’ailleurs présenté un dispositif – aux contours flous-, montrant le problème des Républicains à trouver une alternative crédible. Trump préfère quant à lui laisser l’Obamacare « s’effondrer tout seul sous son propre poids » afin de pointer l’absence d’équilibre du projet. De plus, difficile de croire que les Américains accepteront d’abandonner certaines mesures devenues populaires, comme celle obligeant les assureurs à couvrir sans surcharge des individus ayant des antécédents médicaux ou celle autorisant les jeunes à bénéficier de la couverture santé de leurs parents jusqu’à l’âge de 26 ans.

Enfin, il ne faudrait pas oublier un aspect majeur de la politique américaine : les lobbys. En effet, le système de santé américain représente une source de profits élevés pour l’élite qui voit ses bénéfices augmenter considérablement depuis 60ans. En 1961, le coût total annuel des soins médicaux représentait environ 600 dollars pour une famille de quatre personnes. En 2016, il s’élevait à plus de 40 000 dollars. En comparaison, un pick-up Ford coûtait 4000 dollars. Aujourd’hui, le pick-up et la médecine sont meilleurs mais le pick-up ne vaut que 27 000 dollars. Comment expliquer que les frais médicaux annuels coûtent dès lors 66 fois plus qu’en 1961 alors que le pick-up seulement 7 fois plus cher ? Par la forte implication de l’élite américaine dans le domaine de la santé plus que dans l’industrie automobile. En effet, le secteur automobile étant très compétitif, il est difficile de contrôler les prix et la concurrence comme dans le secteur de la santé. Mais cet argent ne permet pas forcément de meilleurs soins ; il permet de rémunérer les intermédiaires principalement. Des avocats vont même jusqu’à imaginer des complots contre l’industrie pharmaceutique pour attirer des clients (via de gros dommages et intérêts) et tirer profit de ce juteux secteur. Dès lors, comment Trump convaincra-t-il l’élite d’accepter de rogner sur leurs profits ?
Il se pourrait alors que Trump obtienne une victoire politique symbolique en supprimant en théorie la loi tout en en conservant l’architecture. Trump pourrait finalement, à la manière du potentiel vainqueur à la prochaine présidentielle française F.Fillon, battre en retraite sur ses annonces de transformer l’assurance-maladie, sujet véritablement tabou.

 

Article écrit par Charles Gastaud (9e génération d’ENU)

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